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14 décembre 2007
Le théatre c'est la récompense de n'avoir rien attendu
Hier soir, troisème pièce du programme concoté par notre prof de littérature, Illusions comiques, au théatre du Gymnase à Marseille.
Bon, on a appris dix minutes avant que la pièce commence que ça allait durer trois heures, ça met bien en jambe déjà. Petit résumé compilé ci dessous:
Les Illusions comiques s’ouvrent sur un cauchemar en forme de farce ; le poète, « Moi-même », découvre avec ses camarades que le monde entier est soucieux de sa parole. Les journalistes, les politiques, les prélats, les marchands de mode, sont soudainement pris d’une épidémie d’amour du théâtre.
Comme si la mort des -ismes avait en dernier recours ouvert une ère du théâtre, comme si l’humanité avouait qu’il est le seul outil de métaphysique, ou au contraire la seule manière d’échapper à la métaphysique, la seule manière de vivre dignement. Le poète résiste d’abord à cette position inconfortable de « la parole entendue », mais, pris de vertige et poussé par sa mère, accepte toutes les responsabilités du siècle. Il devient en quelques heures le prophète et le héros qui peut répondre à tous les désarrois du temps et à toutes les inquiétudes éternelles.
Il sort de son rôle de contradicteur et d’exilé, il n’est plus excentrique, il est le centre. On remet dans ses mains le pouvoir suprême de changer le monde, on laisse son théâtre agir sur le réel et non plus sur le symbolique. Le pape lui-même vient lui demander conseil. Lui seul est à même de donner ce qui est plus précieux que l’égalité sociale, le sens de la vie. De leur côté, ses camarades comédiens Mademoiselle Mazev, Messieurs Fau, Girard, Balazuc, dans leurs propres rôles, restent dubitatifs sur ce succès planétaire de leur art et défendent que ce que le théâtre doit faire pour le monde, c’est du théâtre et du théâtre seulement.
On aurait pu appeler ça Grandeur et décadence du metteur en scène, dans un monde fictif, le théatre devient le sauveur de l'humanité. C'est drôle, juste, on retiendra le maire de Paris sur son vélo, le (petit) président de la République, l'exercice de sentiments sur la phrase La mort est pour nous la dernière créance de la tante Geneviève (la colère contenue, le regret d'avoir pris du lapin à la moutarde à la cantine et autres absurdités désopilantes), la mise en scène impeccable, le jeu des acteurs parfait.
Avec un entracte nécessaire de 20 minutes tout de même, étant donné que la pièce était ponctué de monologues très travaillés et donc pas toujours facile à saisir, Illusions comiques est du théatre dans la théatre, agréable à entendre.
Le théatre c'est oublie moi et je te reviendrais
18:25 Publié dans ma tête, mes oreilles, mes yeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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